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Les cahiers des Talents de l’Outre-Mer
Entretien avec Anne-Laure Morel après Choose Outre-mer
Anne Laure Morel, prix Talent de l’Outre-Mer 2025 s’entretient avec Yola Minatchy, présidente du Réseau des Talents de l’Outre-Mer
1) L’attractivité financière post-sommet Choose Outre-Mer
YM : « Anne-Laure, le sommet Choose Outre-Mer marque un vrai changement de doctrine en valorisant les Outre-Mer par leurs atouts d’innovation plutôt que par leurs contraintes. En tant que pionnière de la deeptech verte avec Torskal, -ton entreprise fondée en 2013 qui utilise la chimie verte et des plantes médicinales afin de détruire les cellules cancéreuses-,comment vis-tu cette annonce de fonds d’investissement de 35 millions faite à Paris en faveur de ta start-up ? »
ALM : Les territoires ultramarins ont en effet trop longtemps été perçus comme des paysages de carte postale qui ne mettaient en avant que le soleil, les plages et la montagne sans parler des atouts de la jeunesse, et de la biodiversité végétale et marine, de ce profond sentiment d’appartenance à la terre, d’un dévouement sans limite pour composer avec l’international toujours dans une envie d’ouverture et d’espoirs portés par une population jeune et diplômée. Cathy Hoareau, présidente du MEDEF Réunion, nous rappelle que choisir les outre-mer c’est définitivement le choix français. Choose outre-mer choose la France en quelque sorte. J’ai trop souvent entendu que le développement économique de l’île passait par une présence parisienne. Elle reste le point central décisionnel et de ralliement bien entendu mais nous pouvons aussi composer avec les territoires ultramarins comme des relais vers de grands marchés tels que l’Afrique, l’Inde, l’Asie, l’Océanie et les Etats-Unis. Je salue le grand travail de syndication effectué par la Ministre des outre-mer. Ce premier fonds de 35 Millions d’euros est inédit, est un signal fort et engagé pour attirer les capitaux mais pas seulement. Cela permet de mettre un focus particulier sur nos régions ultrapériphériques, la mise en place de mentorat par des chefs d’entreprises de qualité. Il booste l’espoir des jeunes entrepreneurs et commence à considérer les initiatives ultramarines comme de vrais relais de croissance pour la France. L’industrialisation associée à la défiscalisation, la création d’emploi, création de valeur ajoutée, formation des jeunes et retour de la diaspora vont être désormais plus concrets. Une liste de projets a été mise en avant par le ministère des outre-mer hier et nous serons tous attentifs à la concrétisation. Combien de projets seront financés et quel sera le ticket moyen ? Il ne faut pas tarder à structurer cela. Nous attendons les accords fermes et définitifs. Je doute néanmoins que cela suffise à financer ces projets d’envergure internationale avec 35 Millions d’euros. Y aura-t-il une suite et quelles seront les modalités temporelles ?

2) La richesse de la pharmacopée ultramarine
YM : « A suivre donc au-delà des effets d’annonce. Torskal utilise la pharmacopée et les plantes médicinales de la Réunion (notamment l’Ambaville) pour concevoir la médecine de demain et un remède contre ce fléau mondial, le cancer. Face aux investisseurs réunis à la Banque de France, as-tu senti une réelle prise de conscience de la valeur, du potentiel économique et stratégique de notre extraordinaire biodiversité ultramarine, ou reste-t-il encore un grand travail d’acculturation, d’information à mener concernant les atouts de nos territoires ? »
ALM : Le focus concernait surtout la recherche de relais de croissance pour la France, industrialisation et notamment avec un fort ancrage territorial. Nous avons hélas encore la nécessité de faire nos preuves encore plus que les acteurs au national et rassurer sur le pari de la création de valeur en Outre-Mer et des emplois.
3) La fuite et le retour des cerveaux ultramarins
YM : « Ce grand Job dating à Paris a mis l’accent sur le retour des compétences vers nos territoires. Toi qui as fait tes armes dans l’Hexagone avant de pivoter vers une stratégie "100% péï" à La Réunion, quels leviers concrets activer pour inciter la diaspora scientifique au retour, comme tu l’as fait ? »
ALM : Votre Réseau des Talents de l’Outre-Mer est un levier car il arrive à fédérer la diaspora réunionnaise autour de la thématique de la valorisation des compétences développées à l’extérieur des territoires pour les mettre au profit des acteurs ultramarins. L’association met en avant les jeunes diplômés pour montrer l’exemple et faire rayonner les Outre-Mer. L’adaptabilité, l’ouverture à l’international du Réseau sont nos atouts et nous avons la chance de pouvoir compter sur Talents de l’Outre-mer pour les valoriser à travers son réseau national et local. Nous devons continuer à être soutenus par les Talents de l’Outre- mer qui se fait le relais au niveau national.
4) L’Outre-Mer, plateforme de rayonnement régional
YM : « En effet Anne -Laure, notre rôle est de valoriser vos parcours d’excellence auprès des institutions locales et nationales, telle que le Ministère de l’Outre-Mer mais régionale, internationale. Concernant la diplomatie économique et régionale, lors de Choose Outre-Mer, la ministre a réaffirmé vouloir faire de nos territoires des plateformes de rayonnement régional. Toi qui as représenté la France au G20 des jeunes entrepreneurs, comment vois-tu l’insertion des innovations technologiques réunionnaises (comme tes traitements par nanoparticules) dans la zone de l’Océan Indien et à l’international depuis notre île natale, La Réunion ? »
ALM : Les territoires d’Outre-Mer sont à l’image de nos jeunes. Adaptabilité, ancrage profond, recherche permanente de solutions pour vaincre les barrières. La plupart des projets qualifiés de deeptech par BPi France représentent de véritables compétiteurs à l’international. Je ne peux que recommander de se frotter à la concurrence des grandes capitales de la tech : Shanghai, Suzhou, Silicon Valley pour ne citer que les grandes concentrations de startups deeptech. La biodiversité comme levier d’excellence
5) Synergie Réseau des Talents de l’Outre-Mer et rôle de modèle
YM : « Au sein du Réseau des Talents de l’Outre-Mer, nous recensons et valorisons des parcours d’excellence comme le tien. Nous menons de longue date des actions de mentorat auprès des jeunes ultramarins. Comment l’élan de ce 1er octobre nous permettrait-il de structurer avec plus d’acuité un mentorat plus puissant dans ce secteur précis, entre nos lauréats installés à l’international et la nouvelle vague de start-upeuses ultramarines qui cherchent à s’imposer dans la tech ? »
ALM : Peut-être est-ce l’occasion de se rapprocher encore davantage du medef, des institutions telles que France Team export et toute structure à l’international qui œuvre pour rapprocher les dirigeants et les lauréats personnes physiques. Il faut continuer à créer ce réseau d’excellence pour ceux qui en auraient besoin à la fois pour puiser les conseils des mentors et pour obtenir des points de contact dans les différents pays.
6) Retour d’expérience
YM : « Que t’a apporté l’expérience Choose Outre-Mer à Paris ? »
ALM : De la visibilité, des contacts de pairs dans les autres territoires et un regain d’énergie et d’enthousiasme à aller encore plus loin pour La France.
YM : « Et in fine, recevoir en janvier cette reconnaissance nationale, le prix Talent de l’Outre-Mer à Paris ? »
ALM : Oui, une reconnaissance nationale certaine. Le prix Talent de l’Outre-Mer m’a permise de gagner en visibilité également à l’international : auprès de mes partenaires US, chinois, etc…De manière générale, lorsqu’un projet émerge outre-mer, il est important de recevoir le soutien concrets de ses pairs dans cette localisation, ce qui nous donne de la crédibilité au-delà de nos côtes.
YM : « Avec toutes nos félicitations Anne-Laure ! »

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