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Les cahiers des Talents de l’Outre-Mer

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Aurore Fen Chong, consultante chez Deloitte à Genève

J’ai quitté la Réunion pour étudier à Louis-le-Grand à Paris pour me préparer aux concours d’entrée aux grandes écoles. J’ai intégré Télécom Sud Paris. Trois ans plus tard, j’ai peaufiné ma formation à Georgia Tech à Atlanta et j’ai obtenu un Master. Depuis septembre 2011, je travaille en Suisse chez Deloitte, cabinet d’audit et de conseil.

Votre choix professionnel actuel correspondait à une vocation ?

Mon choix professionnel actuel correspond davantage à une décision raisonnable qu’à une vocation. C’est un compromis. Après le baccalauréat, je voulais être professeur de mathématiques à la Réunion. Cependant, une partie de moi voulais voyager, vivre ailleurs que sur mon île natale, rencontrer des gens de divers horizons.

Racontez-nous vos années d’études, votre parcours professionnel ?

J’ai étudié à Louis-le-Grand à Paris pendant deux ans pour me préparer aux concours d’entrée aux grandes écoles. J’ai intégré Télécom Sud Paris où j’ai participé à des cours relatifs à l’ingénierie informatique. Trois ans plus tard, j’ai peaufiné ma formation à Georgia Tech à Atlanta et j’ai obtenu un Master. Depuis septembre 2011, je travaille chez Deloitte, cabinet d’audit et de conseil.

Recevoir le prix talent de l’Outre-Mer a-t-il eu un effet bénéfique sur ce parcours ?

Je suis très flattée d’avoir reçu le prix de jeune talent de l’Outre-Mer. Pour moi, c’est la reconnaissance publique que mon parcours est exemplaire. De toute évidence, à chaque étape de ma formation, j’étais entourée de gens pour qui ce que nous faisions était « naturel ». J’étais en prépa avec beaucoup d’autres élèves, j’étais en école d’ingénieur avec une centaine d’autres étudiants, j’étais à Georgia Tech avec de nombreuses autres personnes. A tout instant, je me sentais comparable à d’autres, fondue dans une masse. Le CASODOM m’a sortie du lot. Je ressens de la fierté, et plus d’estime envers mon parcours.

Quitter votre terre natale a-t-il été vécu comme un sacrifice, un déracinement, une nécessité ? Que vous manque-t-il le plus de votre département d’origine ?

Mes parents viennent assez régulièrement sur le continent européen et je les appelle fréquemment ; par contre je n’ai pas de nouvelles directement de mes cousins et cousines, de mes oncles et tantes, de ma grand-mère. Ce contact avec ma famille au sens large me manque. A la Réunion, mes parents vivent dans une maison avec jardin et nos petits chiens. Ce qui me manque c’est de mettre des plantes en terre, de jouer avec mes animaux de compagnie. Autrefois, j’allais à la mer et je nageais dans des piscines en plein air toute l’année. Ce n’est pas possible à Genève…

Quel est votre perception de la situation socio-économique en Outre-Mer ?

Je pense que dans la société réunionnaise, la famille a une place plus importante qu’en Métropole par exemple. Certainement à cause de la taille de l’île, les membres d’une même famille se réunissent plus souvent, qu’il y ait une occasion ou pas. Les gens partagent du temps ensemble pour un feu de camp à la plage, un pique-nique après une randonnée, etc. Pour moi, ceux qui travaillent à la Réunion sont des chanceux. Je comprends ceux qui sont chômeurs mais ne veulent pas quitter l’île ; cependant je crois qu’il faut parfois savoir couper le cordon ombilical se former ou chercher un emploi en Métropole ou à l’étranger en s’appuyant sur les bourses régionales de mobilité par exemple.

Sachant qu’à présent des avions de ligne volent avec des biocarburants, économiquement, peut-être que la transformation de la canne à sucre en éthanol serait plus intéressante. Par exemple, au Brésil, des agrocarburants sont produits à partir de la canne à sucre. Comme l’entreprise Bioalgostral participe à un consortium pour déployer l’utilisation des biocarburants produits à partir de micro-algues, on pourrait envisager le développement d’une entreprise réunionnaise basée sur l’exploitation de carburants issus de la canne à sucre et travaillant en coopération d’autres grandes industries internationales.

Votre ressenti par rapport à l’insertion et à la représentativité des domiens au niveau local, national ou international ?

A l’île de la Réunion, nous sommes habitués à côtoyer des cultures différentes. C’est un avantage pour nous intégrer dans d’autres environnements ; nous savons nous adapter. Ceci dit, je crois que n’importe quel Réunionnais aux quatre coins du globe regrette intérieurement notre île.

Comment vivez-vous votre lien avec la France, la mère patrie ?

Je vis en Suisse romande, à proximité de la France. Je vais en France de temps en temps pour visiter. Récemment, je me suis promenée dans le Jura, près du lac d’Annecy… J’en profite toujours pour y déguster de la bonne cuisine. Pour moi, la France est le pays de la gastronomie.

Quel est votre regard sur le pays dans lequel vous vivez actuellement ? Je trouve avant tout que la Suisse est un havre de paix environnemental splendide. Parfois, je trouve qu’elle ressemble à mon île. Je suis entourée de montagnes. Le lac Léman est tellement étendu qu’il me fait penser à la mer. Malheureusement, ce cadre splendide tend à se dégrader justement parce qu’il attire trop de touristes ou bien parce que l’économie suisse appâte beaucoup de travailleurs, notamment des étrangers comme moi.

Nous sommes bien payés mais la vie coûte chère. Ma consultation de 45 minutes chez un dentiste m’est revenue à 470 francs suisses. De plus, trouver un logement, surtout à Genève, constitue une véritable épreuve. Un article de « Le Temps » daté du 29 juillet révèle que près de la moitié des ménages à Genève ont bénéficié d’un coup de pouce pour se loger et que le taux de vacance des logements s’est fixé à 0,23% en 2010 alors que le seuil de fluidité du marché se situe à 2%. Le marché du logement en Suisse est hostile aux étrangers qui n’ont pas encore commencé à travailler et sans garant suisse. Sauf exception, les agences immobilières (appelées régies en Suisse) vous demandent vos trois dernières fiches de salaire et si vous n’en avez pas, celles de quelqu’un habitant en Suisse qui se porte garant. Autant dire que j’ai dû mettre les fiches de salaires de mes parents de côté, mis à part pour une régie qui a accepté mon dossier pour un studio de 20m² dans un quartier chaud près de la gare ferroviaire de Genève. Si vous n’êtes pas suisse, les régies vous demandent aussi une copie de votre permis d’établissement en Suisse. Or pour déposer la demande de permis auprès de l’office cantonal des populations, vous devez fournir une adresse en Suisse. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Pour les personnes de nationalité française, il faut compter trois mois d’attente avant de recevoir le permis d’établissement. Trois mois pendant lesquels vous ne pouvez souscrire à aucun abonnement (internet, télévision, téléphonie fixe, téléphonie mobile…). En général, les gens vivent dans des appart-hôtels ou chez des connaissances en Suisse, et après leur journée de travail, visitent des appartements pour leur recherche de logements.

Certains habitent en France, à quelques kilomètres de la frontière par exemple à Annemasse, Ferney-Voltaire, Prévessin-Moëns, Saint-Genis-Pouilly ; ils sont souvent tributaires de leur voiture, sont plus ou moins ralentis lors du passage à la frontière et très embêtés au moment de garer la voiture dans Genève. D’autres habitent plus loin à Annecy, et doivent payer environ 20 euros par jour (péage + essence). Habiter en France permet d’éviter le problème de la poule et de l’œuf, de bénéficier d’un logement à faible coût au mètre carré, de profiter de l’euro faible.

Que pensez-vous du rôle du C.A.S.O.D.O.M, le comité parisien à l’origine de la création du prix jeune talent et talent confirmé de l’Outre-Mer et de l’impulsion de notre Réseau ?

J’ai entendu parler pour la première fois du CASODOM via mon école d’ingénieur Télécom Sud Paris dont un des lauréats des années précédentes était issu. C’est une organisation dynamique menant des actions en faveur des domiens, qui j’espère gagnera en renommée.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes domiens afin de les motiver à suivre le chemin des Talents de l’Outre-Mer, notamment aux jeunes qui sont en proie à des difficultés dans nos îles ?

J’ai eu la chance de grandir auprès d’une mère enseignante et d’un père médecin. Cependant, j’ai vu des camarades de classe venant d’un environnement peut-être moins favorable réussir des prouesses, comme intégrer l’école normale supérieure. Certes le milieu aide à la réussite mais ce n’est pas un facteur suffisant, ni déterminant. La volonté et la curiosité sont des ingrédients importants. Il faut oser partir pour mieux revenir quand on le sent.

Comment envisagez-vous d’apporter votre contribution à la cause de la mise en valeur de la compétence ultramarine, au Réseau des talents de l’Outre-Mer ?

Si je peux mettre en contact les domiens avec des personnes que j’ai rencontrées dans mon cursus et qui pourraient les aider, je le ferai volontiers. Inversement, si mes camarades de promotion recherchent des compétences que présentent des domiens, je serai ravie de les mettre en relation.

Pourriez-vous mettre à terme vos compétences au profit de votre île natale afin d’enrayer le phénomène de fuite des cerveaux ? En somme un "retour au pays natal" ?

Je ne crois pas avoir assez d’expérience pour pouvoir revenir à la Réunion, monter une entreprise afin de créer des emplois ou bien occuper des postes à responsabilités afin de dynamiser l’économie locale. Dans quelques années, j’aurai plus à offrir aux Réunionnais.

Quels sont vos projets ?

Je veux apprendre et tirer un maximum d’expérience de mon premier emploi tout en trouvant et conservant un équilibre avec ma vie personnelle.

Quels sont vos passions, vos loisirs ?

J’aime découvrir. Par exemple, en 2011, j’ai vécu sur un campus étudiant tel qu’il n’en existe pas en France. Georgia Tech a récupéré les installations (gymnase, piscine, terrains de sport, dortoirs) qui avaient accueillis les Jeux Olympiques de 1996 à Atlanta. Les gens ont donc la possibilité de se dépenser ; dans mon cas, j’allais une fois tous les deux jours nager à la piscine pendant une heure et les autres jours, j’utilisais les tapis de course. Cependant, le nombre d’obèses impressionne. Il faut savoir que quand on prend un menu dans un « fast-food », la boisson est comprise à volonté ; quand je faisais les courses, un pot de yaourt standard pouvait me durer 4 repas ; tout est toujours trop sucré, trop salé ou trop gras…

J’ai été surprise par le fait que les américains parlent très peu de langues, au maximum deux et la seconde n’est même pas à un niveau moyen. Les professeurs aux Etats-Unis ont tout intérêt à être disponibles et même à mettre de bonnes notes car eux-mêmes seront notés par leurs élèves. Autrement, je retiendrai que les études aux Etats-Unis sont chères et qu’en plus les universités ont tendance à tout vouloir vendre à un prix exorbitant. Par exemple, pour la remise des diplômes, la toge et la toque en tissu noir uni de qualité médiocre s’obtiennent pour 100 dollars ! Bizarrement, cette cérémonie a lieu avant que les enseignants n’aient eu le temps de corriger toutes les épreuves et donc avant que les notes des examens ne soient disponibles.

Sinon, pendant les vacances de printemps, mon copain (qui à l’époque effectuait un stage à Paris) et moi, nous nous sommes donné rendez-vous en Floride. Nous avons profité des plages de Miami et des Keys. Nous avons également fait un tour dans les Everglades connues pour leurs mangroves, leurs alligators et leurs lamantins. Après la remise des diplômes, mes parents et moi avons visité la côte Ouest de l’Amérique du Nord : Washington DC, Annapolis, Baltimore, Lancaster, Philadelphie, New York, Niagara, Cape Cod, Newport, Boston. Comme une Américaine, j’ai donc conduit des grosses voitures automatiques pour parcourir des centaines de kilomètres par jour.

Un livre de prédilection ? Une "bible" ?

Les romans policiers d’Agatha Christie

Une idole, un modèle ou un penseur dans l’histoire, dans la fiction ou dans notre société actuelle vous accompagne ?

Aung San Suu Kyi

Quel geste faites-vous au quotidien afin de préserver l’environnement, de réduire votre bilan carbone ?

Je trie mes déchets, je ferme le robinet quand je n’ai pas besoin d’eau, je consomme très peu de viande et poisson, j’utilise les transports en commun, je donne les vêtements qui ne me plaisent plus à la croix rouge…

Quelle serait votre cité idéale dans ce monde en mutation, en crise ?

Dans la cité idéale, les habitants ne produiraient que ce dont ils ont besoin en accord avec les saisons et la région. Il n’y aurait ni manque, ni excès. La richesse ne serait pas une quête.

Un film, un reportage à recommander ?

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain

Votre nourriture favorite ? Au sens propre et figuré.

Les plats de ma grand-mère, ma mère, de mes oncles et tantes

Un artiste que vous appréciez ?

Gad Elmaleh

La musique que vous aimez fredonner ?

Les mélodies du groupe The Corrs

Une devise pour l’Outre-Mer ?

Distinction, Organisation, Motivation

Mots-clés : Réunion , Ecole d’ingénieurs , Ingénieur , TIC , Suisse , Conseil